Remèdes à la mélancolie – Eva Bester

eva-bester

remedes_a_la_melancolieDe même que je ne manque jamais Le Masque et la Plume (chaque dimanche à 20h sur France inter), il me faut ma dose hebdomadaire de Remède à la mélancolie, l’émission d’Eva Bester (chaque dimanche à 10h sur France inter). J’écoute souvent la première en direct avant d’enchaîner avec le podcast de la seconde. Ce sont mes deux remèdes au blues du dimanche soir. Car le lendemain il va falloir Y retourner. Au travail, à l’école ou à la fac, peu importe où. Il va falloir se faire violence pour affronter le quotidien, les horaires, les contraintes… les autres. Alors le dimanche soir il est bon de remplir la pharmacie de tous ces remèdes : « films, chansons, livres… », car comme l’indique le sous-titre du livre d’Eva Bester, il s’agit de « la consolation par les arts ».

« L’une des premières questions que je pose à mes invités dans l’émission est la suivante : « Quel rapport entretenez-vous avec la mélancolie ? » Je vais tâcher d’y répondre à mon tour avec sincérité.
J’entretiens avec la mélancolie des rapports quotidiens et profonds. Nous sommes de vieux amants qui, malgré la lassitude, m’arrivent pas à se séparer. J’ai tenté de la fuir, parfois de me vautrer dedans : il m’est arrivé de m’y complaire.
Le mal se manifeste chez moi par une hypersensibilité et une angoisse presque constantes, un pessimisme dodu, des rêveries horrifiques et un bon paquet de névroses divertissantes. Bref, j’ai pris toutes les options. » (p. 12)

La vraie bonne surprise est que le livre n’est pas qu’une compilation des meilleurs passages de l’émission. Il en est le prolongement. Eva Bester, d’habitude à l’abri dans son rôle d’intervieweuse, s’y implique davantage. Après une première partie sur la mélancolie, son histoire et les relations qu’Eva Bester et différents invités de l’émission entretiennent avec elle, les chapitres suivants proposent des remèdes littéraires, musicaux, filmiques, alimentaires ou encore des activités recommandables, ainsi que quelques « choses à éviter (à moins de se noyer délibérément dans la mélancolie) ». Mais j’en arrête là avec le compte rendu objectif du livre. Passons plutôt à ce qui m’a parlé, ce que j’ai aimé.

J’ai aimé la manière dont Cécile Sciamma définit la mélancolie comme « l’ADN de notre tristesse » (en ce que cette tristesse profonde révèle de nous) et comme « une espèce d’onanisme de la tristesse » (parce que non partageable).

J’ai aimé que Geneviève Brisac se compare à « un ciel breton », « triste et contente cinquante fois par jour ».

J’ai aimé que Tania de Montaigne partage mon affection pour Clara et les chics types. Mais nous n’avons pas la même réplique culte. Pour moi c’est une phrase de Balasko qui (je cite de mémoire), au petit matin, invite sa bande à prendre le café chez ses parents. L’un d’eux lui dit : « On ne va pas réveiller tes parents ? ». Et elle répond : « Non, c’est du café moulu ». Évidemment comme plus personne n’a de moulin à café c’est un humour un peu daté, mais c’est aussi ce qui fait son charme.

J’ai aimé qu’Eva Bester pousse l’investigation sur Un jour sans fin jusqu’à nous apprendre que Bill Murray avait été mordu deux fois par une marmotte pendant le tournage.

J’ai aimé qu’Agnès Desarthe nous invite à « continuer d’apprendre », même « des choses qu’on est censé ne pas pouvoir apprendre », comme apprendre une langue à 53 ans ou apprendre à danser à 60. J’ai aimé que Geneviève Brisac nous invite à « penser, étudier, travailler. Au pire, recopier… » avant de définir avec Eva Bester le recopiage comme « les travaux manuels du cerveau ».

J’ai aimé que tant et tant d’invités nous recommandent la marche, car c’est vrai, la marche, ça marche. Il y a dans le livre quelques marcheurs dans la nature, mais je me retrouve bien davantage dans les marcheurs des villes, comme Denis Lavant ou Eric Naulleau. J’aime m’y perdre comme Denis Lavant ou me dissoudre dans la vastitude comme Eric Naulleau.

Je n’ai pas aimé… Non, rien. C’était juste pour faire coucou à Perec.

Sinon j’ai compris qu’il était grave de n’avoir encore lu ni John Fante ni Vialatte et qu’il serait dommage de ne pas voir The Party de Blake Edwards ou The Big Lebowski des frères Coen. Mais je ne doute pas un instant d’avoir encore des accès de mélancolie à consoler, alors je ne suis pas mécontente d’avoir de nouveaux remèdes en stock.

Ah j’oubliais, parmi les choses à éviter pour ne pas sombrer, il y a Noël et les fêtes en général. Bon courage à tous !

bienRemèdes à la mélancolie : films, chansons, livres… la consolation par les arts / Eva Bester, Autrement, 2016, 281 p.

Publicités

2 réflexions sur “Remèdes à la mélancolie – Eva Bester

  1. Je ne suis pas du tout « radio » j’avoue ! à part Gallienne et son émission littéraire (toujours sous podcast) – je connais le nom du Masque et la Plume mais jamais écouté non plus. Bref, merci pour ton billet qui me fait découvrir du coup une autre émission et comme toi j’adore la marche ! mon chien participe beaucoup dans mon équilibre 😉
    Je vais voir si j’ai le temps d’écouter un ou deux podcast pendant mes vacances !

    J'aime

  2. @Electra, tiens tu me donnes envie de réécouter Gallienne, alors que je ne le podcaste plus. Au contraire de toi, je suis très radio. Je l’ai toujours beaucoup écoutée, même quand j’avais la télé, alors maintenant que je ne l’ai plus, c’est pire. Je suis surtout très étonnée que tu n’écoutes pas Le Masque, au moins quand il s’agit de livres… Et puis Remèdes à la mélancolie est une émission de recommandation, qui se fiche des modes et de l’actualité, alors ça vaut le coup aussi.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s