Une vie – Maupassant

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« C’était vers la fin de septembre, un ciel bas et gris semblait peser sur le monde ; les flots tristes et jaunâtres s’étendaient à perte de vue. Elle resta longtemps debout sur la falaise, roulant en sa tête des pensées torturantes. Puis, comme la nuit tombait, elle rentra, ayant souffert en ce jour autant qu’en ses plus grands chagrins » (p. 279)

une-vieEt si je lisais enfin Une vie de Maupassant, avant de voir le film ? C’est à peu près ce que j’ai pensé en passant devant une affiche qui annonçait la sortie prochaine du film de Stéphane Brizé.

Une vie raconte l’histoire des désillusions de Jeanne. Quand on fait sa connaissance, c’est une jeune fille de dix-sept ans qui sort du couvent et rêve d’amour. Justement, un charmant jeune homme apparaît. Jeanne tombe amoureuse et se marie rapidement, mais bientôt son mari ne se montre plus aussi charmant qu’il en avait l’air. Julien en effet est avare, infidèle, et néglige sa femme. Jeanne reporte alors tout son amour sur leur fils Paul. Elle ne sait pas encore que lui aussi, plus tard, la décevra…

« On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que la mort. » (p. 197)

L’histoire d’Une vie est l’histoire de Jeanne et pourtant ce n’est pas elle le personnage fort du roman. On évoque souvent la bêtise d’Emma Bovary, ce qui ne m’a jamais totalement convaincue, mais Jeanne m’a paru beaucoup plus bête qu’Emma. Elles ont en tous cas beaucoup de points communs : la Normandie, le XIXe siècle et la condition féminine qui va avec, l’insatisfaction et les désillusions qui font suite au mariage. Mais Emma est beaucoup plus intrépide que Jeanne, qui restera toute sa vie assez godiche. Rien ne semble jamais lui servir de leçon. Alors malgré les désillusions, elle est à la fin aussi naïve qu’à sa sortie du couvent. Le personnage qui lui vole la vedette est celui de Rosalie, sa servante et soeur de lait (dont je me suis même demandée si elle n’était pas réellement sa demi-soeur et donc le fruit d’une infidélité de son père). Un autre personnage, pourtant très discret, reste également en mémoire une fois le roman terminé : Tante Lison. Elle est en quelque sorte ce qu’aurait pu devenir Jeanne si elle ne s’était pas mariée. Ce n’est qu’à elles deux qu’elles illustrent vraiment ce qu’était la condition féminine au XIXe siècle.

Mais je n’aurais pas correctement rendu compte de ce roman, si je ne vous disais pas qu’il y a pas mal de morts dans Une vie et même des meurtres. On accueille pourtant chacune de ces disparitions avec beaucoup d’indifférence, car aucun de ces personnages disparus n’était vraiment attachant. C’est finalement le meurtre d’une pauvre chienne qui m’aura le plus marquée (attention aux âmes sensibles, cette scène tirant le roman vers le gore est absolument insoutenable).

On sent bien que Maupassant règle ses comptes avec des choses qui ne nous concernent plus vraiment aujourd’hui : la noblesse de province et le pouvoir des prêtres. Mais il est bien plus convaincant quand il traite de la condition humaine. Son pessimisme est infini. Et la fin de vie telle que Maupassant l’écrit est d’une tristesse inouïe.

A votre avis,  que vais-je aller voir au cinéma ce week-end ?

bienUne vie / Guy de Maupassant, édition présentée par André Fermigier, Folio classique, 2016, 350 p. (1ère publication : 1883)


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(car Une vie est le premier roman de Maupassant, jusqu’alors auteur de contes et nouvelles)

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3 réflexions sur “Une vie – Maupassant

  1. très joli billet ! je voulais aussi lire Maupassant (je n’ai lu que ses nouvelles et Pierre et Jean) mais ton billet fait un peu peur .. si elle est plus godiche que Emma.. et la pauvre chienne .. mais merci ! j’aime beaucoup ta façon d’écrire.

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    • @Electra, merci, c’est gentil. Moi aussi, exactement comme toi je n’avais lu que ses nouvelles et Pierre et Jean, que j’aime beaucoup. Et j’avais eu envie de lire Une vie à cause de La condition pavillonnaire de Sophie Divry, un roman contemporain que j’avais beaucoup aimé et dont Une vie était une des sources d’inspiration. C’est finalement l’annonce de la sortie du film qui m’a décidée, mais j’ai beaucoup plus aimé le roman que le film qui est ennuyeux au possible. Ce n’est en tous cas pas lui qui va donner envie de lire le roman !

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      • Ah bon ? Le film est ennuyeux ?! Tu as dû être déçue ! Je veux quand même lire Maupassant. Par contre le film je sais quoi en faire !

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