Le Journal de Yaël Koppman – Marianne Rubinstein

Angelica Garnett (au centre), fille illégitime de Vanessa Bell et Duncan Grant
Angelica Garnett (au centre), fille illégitime de Vanessa Bell et Duncan Grant

journal-yael-koppmanUn roman en forme de journal, faisant le grand écart entre Le Journal de Bridget Jones et le Journal de Virginia Woolf.

Grâce à sa cousine Clara qui travaille dans l’édition, Yaël Koppman découvre la chick lit. Elle lit Le Journal de Bridget Jones puis Le Diable s’habille en Prada et décide d’en écrire à son tour. Comme Orgueil et préjugés de Jane Austen a inspiré l’auteur du Journal de Bridget Jones, Yaël va s’inspirer de Virginia Woolf et du Bloomsbury Group. Plus précisément elle va s’intéresser à Angelica Garnett, nièce de Virginia Woolf et filleule de Keynes. Le roman que nous lisons est son journal d’écriture, le journal d’une prof d’économie à la fac, trentenaire et célibataire, qui travaille sur Keynes, adore appliquer les théories économiques à la vie quotidienne, souffre de migraine comme Virginia Woolf et a des histoires de famille qui rappellent celles d’Angelica Garnett…

Une citation de Virginia Woolf revient à plusieurs reprises dans le roman :

« Voilà qu’en écrivant, j’ai perdu mon envie d’écrire, et je ne peux m’attaquer à la mélancolie, sauf pour dire qu’elle fut très atténuée par l’aveu de Nessa qu’elle était souvent mélancolique et qu’elle m’enviait : déclaration que j’ai trouvée incroyable. (…) La tristesse d’autrui assurément me ragaillardit. » (Virginia Woolf, Journal, 19 août 1929)

Angelica Garnett a de quoi fasciner Yaël Koppman, car son histoire n’est vraiment pas banale. C’est aussi une histoire un peu compliquée, alors accrochez-vous ! Angelica est la fille de deux peintres : Vanessa Bell (soeur de Virginia Woolf) et Duncan Grant. A l’époque de sa conception sa mère vivait avec deux hommes : Duncan Grant et David Garnett. Duncan Grant avait été l’amant de Keynes avant d’être celui de David Garnett. Pendant longtemps, on laissera Angelica croire que son père était Clive Bell, le mari de sa mère. Plus tard, Angelica épousera son beau-père, David Garnett. Vous suivez toujours ? Dans le roman, Angelica Garnett tend un miroir à Yaël Koppman. Comme elle, elle ne sait pas qui est son père et a des relations difficiles avec sa mère. Yaël Koppman fait aussi un parallèle entre la génération de ses parents et les membres du Bloomsbury Group qui, par leur liberté de moeurs, ont été des soixante-huitards avant l’heure. Et Marianne Rubinstein, se demande le lecteur ? Comme Yaël Koppman, elle est maître de conférences en économie. Comme elle sans doute, elle se préoccupe de son évolution de carrière vers le statut de professeur et de son nombre de publications annuelles. Comme elle en tous cas, elle s’intéresse à la judéité et à la shoah. Auteur d’essais, récits, romans pour la jeunesse, elle a retrouvé le personnage de Yaël Koppman dans Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel (Albin Michel, 2012) et elle a publié un livre de vulgarisation économique qui me tente assez : L’Économie pour toutes (avec Jézabel Couppey-Soubeyran, La Découverte, 2014).

« Je rêvais depuis si longtemps d’écrire autre chose que des articles d’économie, j’ai griffonné tant de carnets de projets incertains, de bribes d’histoires, de morceaux de nouvelles. Il me faudra trouver autre chose pour combler mes rêves d’écrivain(e) et pour que cet ennui insidieux qui s’installe dans l’université française ne grignote pas ma petite énergie » (p. 179)

Ce roman est un peu étrange, car on ne sait pas bien à qui il s’adresse. Aux amateurs de chick lit ? Pas vraiment. Pourtant Marianne Rubinstein en reprend tous les codes jusqu’à l’outrance. Aux amateurs de Virginia Woolf ? Certainement, car la lecture de son journal sert de fil rouge au roman. Aux amateurs d’autobiographie ? Aussi. Bref, c’est un roman léger, construit avec un matériau grave, à la fois biographique et autobiographique. Il m’a fait passer un très bon moment.

« En fait, je présente mes compliments à cette femme terriblement déprimée, moi-même. Et dont la tête est si souvent douloureuse. Qui était convaincue, totalement convaincue d’être une ratée. Car en dépit de tout, je crois qu’elle s’en est sortie et il faut la féliciter. Comment elle y est parvenue, avec la tête comme un vieux chiffon, je ne le sais pas. » (Virginia Woolf, Journal)

Cette année ont paru deux livres de Marianne Rubinstein : un roman Nous sommes deux (Albin Michel) et un récit Détroit, dit-elle (Verticales).

bienLe Journal de Yaël Koppman, Marianne Rubinstein, Sabine Wespieser éditeur, 2007, 217 p.


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6 réflexions sur “Le Journal de Yaël Koppman – Marianne Rubinstein

  1. Une lecture qui semble très intéressante et qui pourrait me plaire. Je suis intriguée par le décalage que tu évoques, entre la légèreté et la gravité… Je suis un peu en retard pour prendre en compte ta lecture mais me voilà !! Merci pour ta participation.

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