Mémoires d’un jeune homme dérangé – Frédéric Beigbeder

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Premier roman de Frédéric Beigbeder et première apparition de son alter ego Marc Marronnier.

« Marc Marronnier aime la fête », au point d’avoir fait de sa vie de noctambule un métier. Il est donc devenu chroniqueur mondain et navigue à Paris de boîte de nuit en boîte de nuit, avant de s’envoler pour Vienne ou Venise si un bal costumé s’y présente. Entre deux beuveries, il ne se passe pas grand chose dans la vie de Marc Marronnier. Seul événement notable : sa rencontre avec une jeune fille prénommée Anne, dont il va tomber amoureux…

« Le jour se lève, il faut tenter de dormir. » (p. 101)

Du récit répétitif de sa vie de fêtard émergent tout de même quelques (fines) observations :

« Les deux phrases les pires au monde sont : « Il faut que je te parle » et « J’aimerais qu’on reste amis ». Le plus drôle est qu’elles arrivent toujours au résultat opposé, et cassent aussi bien la conversation que l’amitié. » (p. 57)

Ou encore :

« De Victoire je ne garderais que des souvenirs de bouffe. Nous avions passé l’année dans des restaurants. Autrefois, pour séduire les femmes ou les garder, il fallait les emmener au théâtre, à l’Opéra ou en barque sur le lac du bois de Boulogne. A présent, les théâtres étaient subventionnés, les opéras embastillés, et le Bois avait perdu l’essentiel de son charme. Désormais il fallait subir le Restaurant. On devait regarder l’objet de son désir mastiquer des rognons de veau, la créature de ses rêves hésiter entre un morceau de camembert ou un quartier de brie bien coulant, la divine beauté victime de gargouillis intestinaux. La déglutition remplaçait les baisers, les bruits de fourchette supplantaient les déclarations. » (p. 43)

Aux côtés de Marc Marronnier, une bande de fêtards dans son genre partage le même renoncement à une vie plus conventionnelle ou dans l’air du temps  :

« Ils hésitaient entre un idéal d’extrême confort et le fantasme aristocratique de n’avoir rien pour avoir tout. Ils n’étaient pas dans le temps. Ils n’auraient pas été zazous dans les années 40, ni existentialistes dans les années 50, ni yéyés dans les années 60, ni hippies dans les années 70, ni yuppies dans les années 80 : mais ils seraient tout cela à la fois avant l’an 2000. » (p. 35-36)

Sans illusions, très lucides sur leur propre compte, ils sont désenchantés au point d’être persuadés que la vie ne peut plus leur apporter la moindre surprise :

« Aujourd’hui je sais que je ne ferai jamais le tour du monde, que je ne serai jamais numéro 1 du Top 50, que je ne serai jamais Président de la République, que je ne me suiciderai pas, que je ne serai jamais pris en otage, que je ne serai jamais héroïnomane, que je ne serai jamais chef d’orchestre, que je ne serai jamais condamné à mort. Aujourd’hui je sais que je mourrai de mort naturelle (d’une overdose de Junk Food). » (p. 28)

Dans ce premier roman, Frédéric Beigbeder raconte sa vie à peine romancée à coups d’aphorismes et de calembours. Il tente bien quelques pas du côté de la fiction, notamment lors d’une scène hilarante à l’Élysée ou bien en faisant intervenir un objet riche de promesses romanesques : un fusil à canon scié. Mais finalement, ne prenant pas lui-même son roman très au sérieux, il offre au lecteur deux fins à son histoire d’amour : une fin de roman noir ou la fin traditionnelle des contes de fée, autrement dit deux fins auxquelles il est tout aussi impossible de croire.

Un premier roman léger comme une bulle de Moët et Chandon, débordant d’autodérision (et suffisamment court pour ne pas être lassant).

bienMémoires d’un jeune homme dérangé, Frédéric Beigbeder, La Table ronde (collection La Petite Vermillon), 2001, 147 p. (La Table ronde, 1990).


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5 réflexions sur “Mémoires d’un jeune homme dérangé – Frédéric Beigbeder

    • @Electra, j’avais déjà fait une tentative avec L’amour dure 3 ans, mais il m’était tombé des mains. Peut-être que cette fois j’étais de meilleure humeur (et coincée dans un train avec peu de choix de lecture). Sinon je serais assez tentée par Windows on the World. Tu te rappelles lequel tu as lu ?

      Aimé par 1 personne

      • J’ai eu énormément de mal avec « L’amour dure trois ans » aussi. En revanche, j’ai beaucoup aimé « Windows On The World ». Et si « 99 francs » est énervant, c’est sûrement parce que l’auteur a trouvé exactement le ton qu’il fallait pour traiter le sujet qu’il y aborde.

        P.-S.: je viens de relayer cette participation au Défi Premier roman; merci d’y avoir pris part avec ce livre!

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  1. Oui, un très bon souvenir (Eva aussi) : « Un roman français ». Un roman autobiographique sur ses parents et comment ils ont caché des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale 😉 Pour l’amour dure 3 ans, je n’étais pas attirée et je vois que tu n’as pas aimé !

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