L’Ambition – Iegor Gran

Aurochs

Un roman social ironique et léger sur les ambitions de la génération Y comparées à celles de ses ancêtres du néolithique.

lambition-iegor-granJosé appartient à la génération Y. Pour cette génération Marc Zuckerberg est un super-héros. Comme lui, José rêve d’avoir l’idée géniale qui lui permettrait d’échapper à la vie d’esclave subventionné, autrement dit la vie de salarié. En attendant, il vivote. Il se lance dans des affaires perdues d’avance (le commerce de fèves d’Épiphanie), répare des ordinateurs quelques heures par semaine et se fait quitter par sa copine Cécile qui lui reproche son manque d’ambition. Tandis que Cécile poursuit sa carrière de vendeuse-potiche dans une galerie de photos, José se lance dans les cours particuliers et reprend contact avec un écrivain de sa connaissance qui écrit sur le néolithique, cette période de la préhistoire où les hommes ont échangé leur vie de chasseur-cueilleur pour la sédentarisation et l’agriculture…

Le roman tresse trois récits : celui de José allant de petit boulot en petit boulot, celui de Cécile dans sa relation aux hommes et au monde de l’art, et celui de Chmp, ancêtre de José au néolithique. Il s’ouvre sur une amusante théorie de l’ambition selon Iegor Gran, résumée ainsi en quatrième de couverture :

« Il y a deux sortes d’ambition. La Lego et la Playmobil. Les ambitieux Lego commencent par l’étape numéro un, telle qu’elle est indiquée sur le plan. Le plaisir de l’ambition Lego vient du découpage de la vie en tranches simples. A l’opposé est l’ambition Playmobil. Foutraque, fantasque et infantile, elle part à l’aventure et s’en réjouit ouvertement. Poursuivre deux lièvres à la fois est ce que l’ambition Playmobil aime le mieux. »

lambition-iegor-gran-pol

L’auteur intervient dans le roman, comme appelé à la rescousse par son personnage principal. Il apparaît en procrastinateur littéraire, saisissant toutes les occasions de repousser au lendemain les paragraphes qu’il aurait dû écrire la veille.

Mais pourquoi nos ancêtres du néolithique ont-ils fait ce choix dont nous subissons encore les conséquences aujourd’hui ? Pourquoi ne sommes-nous pas restés ces hommes libres d’aller et venir comme bon leur semble, plutôt que de nous enchaîner à une terre, un travail et une vie conjugale ? En ce début du XXIe siècle, José est à sa façon un chasseur-cueilleur. Tant qu’il ne choisit pas sa voie, tant qu’il refuse de poser la première pierre de sa construction personnelle, il reste un Playmobil, libre de se réinventer à l’infini.

« « La génération Y est étonnante. » Avec ses airs de fin connaisseur, elle répète ce qu’elle a lu dans un magazine de salon de coiffure. « Ils ont entre vingt-cinq et trente ans, et ils sont connectés en permanence. » Dans son ton, il y a un mélange de fascination et d’effroi. A l’écouter, on pourrait croire qu’une mutation biologique s’est produite. La totalité de leurs besoins vitaux produite par le réseau, la rencontre amoureuse, la recherche d’emploi, l’achat d’un linceul pour les parents. Le web, plus important que le système sanguin.
Pourtant, à observer nos jeunes monstres se trémousser sur de la musique standard, échanger des platitudes en roucoulant comme des robots, fumer avec de grands gestes d’autruches, à les voir gober dans leurs gorges roses des alcools en prenant des airs de maîtres du monde, je supputai que les Y étaient d’une banalité comparable à celle de leurs ancêtres, les hommes des générations précédentes, les X, les W, les T, les R… »

Une roman si léger qu’il ne me laissera probablement pas un souvenir impérissable, mais une plaisante satire sociale.

neutreL’Ambition, Iegor Gran, POL, 2013 (Folio, 2015, 203 p.).

Publicités

3 réflexions sur “L’Ambition – Iegor Gran

  1. La couverture du livre m’était familière et la comparaison Lego-Playmobil pas mal du tout et le retour dans le passé .. Je ne pense pas le lire mais on ne sait jamais !

    J'aime

    • @Electra, je lai lu il y a un mois. La lecture avait été plaisante, mais le roman s’est éloigné de moi à une vitesse phénoménale. Ce n’est donc pas une lecture indispensable.

      J'aime

      • Oui si tu as déjà oublié ce roman … ça m’arrive avec certains livres – je prépare toujours un premier brouillon pour une chronique .. et parfois si j’attends trop j’ai du mal à me souvenir de l’histoire et là je révise mon jugement sur ce livre 😉

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s