La différence invisible – Mademoiselle Caroline, Julie Dachez

« Marguerite a 27 ans.
Elle aime les animaux, les journées ensoleillées, le chocolat, la cuisine végétarienne, son petit chien et le ronronnement de ses chats »

DIFFERENCE INVISIBLE (LA) - C1C4.inddMarguerite mène apparemment une vie ordinaire entre son travail et son conjoint. Pourtant, elle ressent un mal-être. A son travail elle évite les pauses-café et les déjeuners entre collègues, comme elle fuit les soirées chez les amis de son conjoint. Toute interaction lui demande un effort, alors la vie en société l’épuise. Elle n’est bien que chez elle, au calme avec ses animaux, et ne parvient à affronter le quotidien qu’en instaurant des routines immuables. Après bien des errances et des recherches le diagnostic sera finalement posé : Marguerite est autiste Asperger. Ce diagnostic sera pour elle une délivrance. En la déculpabilisant il lui ouvrira les portes d’une nouvelle vie.

La bd est le témoignage de Julie Dachez mis en image par Mademoiselle Caroline. A travers son histoire fictionnalisée, elle s’adresse à tous les Asperger qui s’ignorent et à leur entourage en les aidant à identifier les symptômes de cette forme d’autisme légère : difficultés dans les interactions sociales, imperméabilité à l’implicite, l’humour ou le second degré, aptitude à se passionner pour des sujets spécifiques (et à saouler son entourage), intolérance au bruit et à la lumière, maladresse, grande fatigabilité… On comprend à travers la bd, mais aussi grâce au petit dossier documentaire qui l’accompagne, que même les professionnels de santé peinent parfois à reconnaître le syndrome d’Asperger, parce qu’il est souvent associé à d’autres problématiques comme le trouble bipolaire, la dépression, les troubles des apprentissages… Les employeurs ou chargés des ressources humaines sont aussi visés par ce livre, car ils y trouveront des pistes pour bien intégrer un Asperger et lui donner de bonnes conditions de travail. Bref, c’est une bd très pédagogique qui s’adresse à tout le monde.

J’aime bien les dessins de Mademoiselle Caroline et le choix du noir et blanc avec des petits touches de rouge qui illustre une petite différence dans un océan de normalité. Mais en cela la bd triche un peu avec la réalité, car contrairement à Marguerite, Julie Dachez n’est pas une personne ordinaire. Elle est bien mieux que cela.

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Le personnage de Marguerite est très touchant et suscite l’empathie, mais peut-être pas autant que Julie Dachez elle-même, qui à travers ses vidéos change mieux que quiconque le regard que l’on porte sur l’autisme.

bienLa différence invisible / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez, Delcourt / Mirages, 2016, 196 p.


Participation au challenge Lire sous la contrainte organisé par Philippe. Pour sa 31e session, il s’agissait de lire un livre dont le titre commence par un article défini (le, la, les, l’).

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Le noyau blanc – Christoph Hein

le-noyau-blancBien décidée à découvrir la littérature allemande contemporaine, c’est sur le dernier roman de Christoph Hein que j’ai jeté mon dévolu. Cet écrivain, à la fois romancier, dramaturge, essayiste et traducteur de Molière et Racine, est né en 1944 près de Leipzig, dans ce qui n’était pas encore l’Allemagne de l’Est, et a donc connu l’édification et la chute du Mur. Il a rencontré le succès en 1982 avec son roman L’Ami étranger et est également l’auteur de La Fin de Horn, Willenbrock, Dès le tout début, Prise de territoire, Paula T

Maintenant que les présentations sont faites, venons-en à son dernier roman : Le noyau blanc. Son personnage principal, Rüdiger Stolzenburg, vit et enseigne à Leipzig. Le département de lettres et sciences humaines qui l’emploie à l’université est en difficulté, car les étudiants se font de plus en plus rares dans ces filières. Spécialiste des études théâtrales, il est chargé de cours à mi-temps et n’a plus l’espoir d’être titularisé, alors que sa retraite approche. Il enseigne à des étudiants qui ont un meilleur niveau de vie que lui-même. Et ces étudiants ne sont pas brillants, tout juste capables de copier/coller quelques informations glanées sur Internet. Rüdiger est donc de plus en plus amer. Sa vie privée n’est pas beaucoup plus florissante que sa vie professionnelle. Il collectionne les rencontres avec des jeunes filles dont il a oublié le prénom au petit matin et ne parvient pas à se décider à partager la vie de la seule femme qui l’aime réellement. Il y a tout de même une chose qui le passionne encore : l’oeuvre de Weiskern, qui fut un des librettistes de Mozart. Pour parvenir à réaliser l’édition de ses oeuvres complètes ou pour se procurer des manuscrits inédits, il serait même prêt à renoncer à ses principes et à se mettre en danger…

Une tranche de vie d’un universitaire dans l’ex-Allemagne de l’Est.

noyau-blanc-livre-audio« Il passe toute la journée du lendemain à la Bibliothèque nationale. Il aime travailler dans la salle de lecture et comme toujours il va dans la salle des sciences naturelles et se réjouit quand sa table préférée est libre. Les chercheurs en sciences naturelles sont des lecteurs plus calmes que ceux de la salle des techniques ou des sciences humaines, ils ne chuchotent pas et se lèvent moins souvent de leur table que les autres pour aller chercher d’autres livres ou faire une pause. En outre personne ne le connaît dans cette salle, personne ne lui adresse la parole, personne ne le dérange, il peut se concentrer sur son travail, davantage qu’à la maison. Il apprécie l’atmosphère de cette bibliothèque, les murs intégralement recouverts de livres, les tables elles-mêmes exhalent l’esprit des siècles passés, de la recherche et de l’érudition. Lorsque le soir il s’élance sur son vélo, il est très content de lui. Toute la journée il a lu et écrit et ne s’est laissé distraire par rien. » (p. 121)

J’ai cru au début de ma lecture, que le roman allait s’enliser dans la description du quotidien déprimant d’un anti-héros. Mais pas du tout ! La vie de Stolzenburg devient même palpitante à la manière d’un roman policier, dès lors qu’un homme mystérieux entre en contact avec lui pour lui vendre des manuscrits inédits de son cher Weiskern, tandis qu’une rencontre amoureuse bouleverse également sa routine, qu’un étudiant fortuné tente de le corrompre, qu’une étudiante amoureuse de lui le harcèle et qu’un gang de fillettes le persécute. C’est donc avec intérêt que j’ai suivi les mésaventures de ce personnage, dont je ne saurais même pas dire s’il m’est sympathique ou antipathique.

« Le soir il a rendez-vous au B69, un bistrot où il joue au billard. Chaque mois il y retrouve ses copains pour faire des parties, boire une bière et commenter les ragots qui circulent en ville et le temps présent. Le groupe se compose d’une demi-douzaine d’hommes du même âge, c’est le noyau dur auquel s’ajoute toujours quelque nouveau venu, l’ami d’un ami. Ils travaillent presque tous à l’université, l’un d’eux a un emploi chez un éditeur, et le seul qui ait réellement un véritable emploi stable est un professeur de lycée dont les autres aiment à se moquer, mais leurs railleries ne sont pas méchantes, on le moque tout en le comprenant, et non sans une pointe d’envie pour cette existence à l’abri des difficultés matérielles. » (p. 232)

weiskern-nachlassLe roman de Christoph Hein dresse le portrait d’un homme inadapté à la société dans laquelle la chute du Mur l’a plongé. Dans ce monde gouverné par l’argent, la recherche qui n’est pas immédiatement utile à l’industrie n’intéresse personne. Les éditeurs soumis eux aussi à des exigences de rentabilité ne veulent pas du projet d’oeuvres complètes d’un chercheur en mal de reconnaissance. Et le fait que l’universitaire à mi-temps se contente de son maigre salaire suscite l’incompréhension autour de lui, au point de modifier le regard que lui-même porte sur sa condition. Persécuté par le fisc, tenté par des étudiants prêts à acheter leur diplôme, il n’est plus le chercheur désintéressé qu’il a pu être par le passé, mais en arrive à refuser avec colère une énième conférence non rémunérée. Le roman saisit les doutes de son personnage principal dans ce qui pourrait bien être un tournant dans sa vie, mais il s’achève en le laissant à la croisée des chemins dans une société en pleine mutation.

bienLe noyau blanc / Christoph Hein, traduit de l’allemand par Nicole Bary, Métailié (Bibliothèque allemande), 2016, 266 p. (titre original : Weiskerns Nachlass, 2011).


Première lecture dans le cadre du challenge Voisins Voisines 2017 organisé par Aproposdelivres

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Première participation au challenge Lire sous la contrainte organisé par Philippe. Pour sa 31e session, il s’agissait de lire un livre dont le titre commence par un article défini (le, la, les, l’).

challenge-lire-sous-la-contrainteSession 31 – 1

Comment j’ai appris à lire – Agnès Desarthe

Un récit qui tente d’élucider un rapport singulier à la lecture tout en parlant à tous les lecteurs.

« Apprendre à lire a été pour moi une des choses les plus faciles et les plus difficiles. Cela s’est passé très vite, en quelques semaines ; mais aussi très lentement, sur plusieurs décennies.
Déchiffrer une suite de lettres, la traduire en sons fut un jeu. Comprendre à quoi cela servait fut une traversée souvent âpre et, jusqu’à l’écriture de ce livre, profondément énigmatique. » (prologue)

comment-jai-appris-a-lireLongtemps Agnès Desarthe n’a pas aimé lire. C’est comme ça qu’elle le formulait. Mais quand elle y réfléchit, elle se rend compte qu’elle a toujours lu et adoré certaines de ses lectures. Cependant, elle en rejetait d’autres. Elle a fait des études, passé des concours avec succès sans lire aucune des oeuvres au programme, se contentant des commentaires de ses professeurs et des morceaux choisis. Paradoxalement elle est devenue lectrice pour une maison d’édition, puis traductrice et écrivain. Alors pourquoi ce rapport si difficile à lecture ?

« La bibliographie qu’on nous remet à la rentrée compte (rien que pour le français) une soixantaine de titres. Il m’apparaît en toute logique, qu’on ne peut lire autant d’ouvrages en une année, surtout lorsque, comme moi, on est atteint de « librophobie ». Je décide donc de n’en lire aucun, par souci d’équité, par esprit de justice. J’estime que mon professeur sélectionne les citations avec le plus grand discernement ; pour nous, elle extrait l’élixir. A quoi bon s’abreuver d’une dilution ? Je m’imprègne des quelques lignes notées à chaque cours. » (p. 85)

Je n’ai pas été totalement convaincue par la manière dont Agnès Desarthe interprète finalement son difficile rapport à la lecture. Que le rapport à la littérature soit aussi un rapport à la langue et à la culture est pour moi une évidence, mais cela ne suffit pas à expliquer qu’elle ait pendant longtemps eu accès à certaines oeuvres et pas à d’autres. Pourquoi par exemple Un coeur simple et pas Madame Bovary ? Est-elle en cela si différente des autres lecteurs ? N’avons-nous pas aussi nos engouements et nos détestations inexplicables ? Mais peu importe. C’est son histoire et son interprétation lui appartient. J’ai adoré en revanche tout ce qui relève de la thérapie : la manière dont son père tente de la soigner en lui mettant des « Série noire » entre les mains, la manière dont elle se délecte du jargon de la théorie littéraire plus que des oeuvres étudiées, ou encore la manière dont la casquette de Charles la réconcilie avec Madame Bovary (ouf !).

Dans la lecture de ce type de récits autobiographiques, j’aime le parallèle qui se fait intérieurement entre l’histoire de l’auteur et la sienne propre. Mais je me demande si je ne lis pas tous les textes de cette façon et si la lecture ne servirait pas de support à ma rumination intérieure. La lecture de fiction comme support à mon imagination, la lecture d’essais comme support à ma réflexion et la lecture d’autobiographies comme support à mes remémorations.

Le récit d’Agnès Desarthe interroge bien évidemment notre rapport à la lecture. Mais il ressuscite aussi nos souvenirs d’école et plus largement nos souvenirs d’enfance, avant de convoquer nos souvenirs d’étudiants et notre rapport à la théorie littéraire. Enfin son récit devient un essai sur la traduction, quand elle aborde ce sujet qui la passionne et qu’elle rend passionnant. Je m’étonne en refermant ce livre qu’il soit si riche tout en étant si mince. Et bien sûr je le recommande à tous les lecteurs.

« A présent que lire est devenu mon occupation principale, mon obsession, je sais que le métier que j’ai choisi, le métier d’écrire, n’a servi et ne sert qu’une cause : accéder enfin et encore à la lecture, qui est à la fois le lieu de l’altérité apaisée et celui de la résolution, jamais achevée, de l’énigme que constitue pour chacun sa propre histoire. »

bienComment j’ai appris à lire / Agnès Desarthe, Points, 2014, 146 p. (1ère parution : Stock, 2013).

Mes amis – Emmanuel Bove

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Peu après la Première guerre mondiale, Victor Bâton vit seul à Montrouge. Il n’a personne dans sa vie, pas un seul ami. Grâce à une pension pour blessure de guerre, il vit pauvrement sans travailler et erre toute la journée dans Paris à la recherche d’un événement, d’une rencontre…

« Les journées sont longues quand on n’a rien à faire et, surtout, quand on ne possède que quelques francs. » (p. 168)

mes_amisChaque chapitre de Mes amis est une rencontre et un espoir déçu. Parce qu’il a aidé quelqu’un à porter sa valise ou parce qu’il a offert une cigarette à un passant, Victor Bâton croit avoir trouvé l’ami dont il rêve. Mais on le déçoit toujours. Parfois on cherche à profiter de la situation pour lui soutirer un peu d’argent, parfois au contraire on lui fait l’aumône, mais jamais l’on ne devient pour lui un véritable ami.

« La solitude me pèse. J’aimerais à avoir un ami, un véritable ami, ou bien une maîtresse à qui je confierais mes peines.
Quand on erre, toute une journée, sans parler, on se sent las, le soir dans sa chambre.
Pour un peu d’affection, je partagerais ce que je possède : l’argent de me pension, mon lit. Je serais si délicat avec la personne qui me témoignerait de l’amitié. Jamais je ne la contrarierais. Tous ses désirs seraient les miens. Comme un chien, je la suivrais partout. Elle n’aurait qu’à dire une plaisanterie, je rirais ; on l’attristerait, je pleurerais. » (p. 51)

Pourtant malgré la solitude, la vie de Victor Bâton est une vie choisie. Il ne cherche pas à travailler. Vivre de peu avec sa pension lui suffit. Il assume la marginalité qui en découle et accepte la pauvreté, rançon de sa liberté.

« Un homme comme moi, qui ne travaille pas, qui ne veut pas travailler, sera toujours détesté.
J’étais, dans cette maison d’ouvrier, le fou, qu’au fond, tous auraient voulu être. J’étais celui qui se privait de viande, de cinéma, de laine, pour être libre. J’étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable. » (p. 192)

De quoi est fait le talent d’Emmanuel Bove ? Est-ce une question de style ? Est-ce son sens de l’observation ? D’un peut tout ça, certainement. Mais cela tient sans doute aussi beaucoup à son point de vue, au regard nuancé qu’il porte sur le monde et sur son personnage principal. Grâce à un subtil mélange d’ironie et d’empathie, Victor Bâton nous apparaît tantôt pitoyable, tantôt émouvant. Son sort devient même enviable quand il revendique son choix de vie. Mais jamais il n’est idéalisé par Emmanuel Bove qui, le décrivant avec toutes ses petitesses, tend un miroir des moins flatteurs à son lecteur.

« J’aime qu’on me fasse des confidences, comme j’aime qu’on me dise du mal des gens. Cela donne de la vie aux conversations. » (p. 154)

Comme la vie de lecteur ignore la chronologie, je découvre en lisant Mes amis ce que Dominique Fabre doit à Emmanuel Bove. Son premier roman, Moi aussi, un jour, j’irai loin, présente des ressemblances frappantes avec Mes amis, car il en reprend la thématique (pauvreté et solitude) comme la construction (un nouveau personnage secondaire par chapitre). Suite à cette constatation, ma liste à lire s’est trouvée augmentée subitement de leurs deux oeuvres complètes. La vie de lecteur est une malédiction.

Peut-on employer la formule un peu niaise de « coup de coeur » pour une oeuvre si sombre ? C’est en tous cas une rencontre importante avec un auteur, comme en rêve tout lecteur.

« Un tramway vide arriva. Il avait été lavé la nuit. Les ampoules qui l’éclairaient avaient la tristesse des lumières qu’on oublie d’éteindre avant de s’endormir. » (p. 163)

Emmanuel Bove (1898-1945) est un nouvelliste et romancier français, né Emmanuel Bobovnikoff d’un père d’origine russe. Il a publié ses premiers romans en Autriche sous le pseudonyme de Jean Vallois. De retour en France, il est découvert par Colette et publie en 1924 Mes amis, premier roman sous le nom d’Emmanuel Bove. Ses autres oeuvres : Le Crime d’une nuit (nouvelles), Armand, Bécond-les-BruyèresLa Coalition, Coeurs et visages, Henri Duchemin et ses ombres (nouvelles), Monsieur Thorpe, Journal écrit en hiver, Le Beau-fils, Le Pressentiment, Adieu Fombonne, Le Piège, Départ dans la nuit, Non-lieu, Mémoires d’un homme singulier.

bienMes amis, suivi de Un autre ami / Emmanuel Bove, préface de Jean-Luc Bitton, postface de Jean-Philippe Dubois, illustrations de François Ayroles, L’Arbre vengeur, 2016, 237 p. (1ère parution : 1924)


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L’Arbre vengeur est l’éditeur mis en lumière en janvier sur le blog de Sandrine dans le cadre de Un mois, un éditeur. Créée en 2002 dans la région de Bordeaux, cette maison d’édition réédite des textes devenus indisponibles et publie également des nouveautés. Trois de ses collections sont consacrées aux littératures espagnoles, italiennes et belges.


Première participation au Challenge classique 2017 organisé par Pr. Platypus. Dans ce challenge est considérée classique toute oeuvre littéraire antérieure à 1970.

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Info trafic

info-traficUne blogueuse débordée, qui ne trouve plus le temps ni d’alimenter son petit blog ni de lire ceux des autres. Des billets entamés au brouillon qui ne seront peut-être jamais terminés. Des challenges suspendus juste après l’inscription…

La situation est de plus en plus critique.

Demain j’essaierai de publier un billet et d’honorer ainsi deux challenges d’un coup. Dans la foulée, je ferai un petit tour chez vous. Mais ne croyez pas pour autant que je sois vraiment revenue, car une déconnexion à durée indéterminée s’annonce. Bientôt je serai obligée de chercher asile dans des lieux publics pour me connecter de temps en temps.

Des ralentissements sont donc encore à prévoir.

(Ce billet était parfaitement inutile)
(J’aurais mieux fait d’écrire le billet que j’ai reporté à demain)

Un appartement à New York – Jane Smiley

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Un roman américain des années 80, qui porte en lui la nostalgie des années 70, le temps des maisons bleues dont on avait jeté les clés.

Un appartement à NYAlice, 27 ans, bibliothécaire à la New York Public Library, découvre deux cadavres dans l’appartement de son amie Susan. Elle était venue arroser les plantes, comme toujours pendant le voyage en solitaire que s’offre son amie chaque année. Les deux morts sont Dennis, le compagnon de Susan, et Craig, le presque frère de Dennis qui vivait plus ou moins avec eux. Avec d’autres amis comme eux originaires du Midwest, ils étaient venus à New York dans les années 70 pour former un groupe de rock. Mais après un unique album, le succès n’avait plus été au rendez-vous et les liens avaient commencé à se distendre. L’appartement de Susan était malgré tout resté un point de ralliement. On ne compte d’ailleurs plus les amis ou simples connaissances qui en détenaient les clefs. L’inspecteur de police Honey ne manque donc pas de suspects…

Un polar pour filles du niveau d’un Harlequin.

Dans Un appartement à New York, on trouve : des cadavres, un inspecteur de police, des trafiquants de drogue et tout un tas de suspects. C’est donc un roman policier. Ce n’est pourtant pas un hasard si ce roman n’est pas publié dans une collection spécialisée dans le polar, car c’est avant tout un roman psychologique. Il tente bien de créer un petit suspense, mais pour qui a déjà lu ne serait-ce qu’un ou deux Agatha Christie, même la révélation finale n’a rien de surprenant.

Jane Smiley a reçu le Prix Pulitzer en 1992 pour son roman L’Exploitation. On a beau dire ne pas s’intéresser aux prix littéraires, ne pas en tenir compte, etc., certains nous impressionnent tout de même plus que d’autres. D’un auteur ayant reçu le Pulitzer, je m’attendais donc à bien mieux que ce petit polar pour filles avec romance incluse.

Ainsi s’est achevée 2016, triste année de lectures. Souhaitons que 2017 me permette de retrouver l’enthousiasme.

flopUn appartement à New York / Jane Smiley, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Damour, Rivages poche, 2016, 300 p. (Duplicate Keys, 1984).


Deuxième participation au Challenge Polars et thrillers 2016-2017 de Sharon.

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Mais je ne compte pas ce roman dans mon Challenge 50 États, 50 romans, car je n’aurai pas de mal à trouver un meilleur roman pour représenter New York.

Bonne année 2017 et bonnes résolutions

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L’heure est venue de vous souhaiter une très bonne année 2017. Comme je m’adresse à des lecteurs, je vous souhaite bien sûr plein de découvertes littéraires et un maximum de lectures enthousiasmantes. Mais ne soyons pas monomaniaques : je vous souhaite aussi le meilleur dans tous les autres aspects de votre vie.

S’il y a un rituel dont je ne me lasse pas à cette période de l’année, c’est celui des bonnes résolutions. En vérité j’ai tendance à prendre des bonnes résolutions tout au long de l’année, mais celles du Nouvel an sont particulièrement solennelles. Et j’espère que les écrire noir sur blanc m’aidera à les tenir. Pour ne pas trop m’éparpiller, je vais cette année n’en prendre que trois. Et je m’engage à rendre compte ici-même dans un an de la tenue de chacune.

1. Marcher davantage : J’adore marcher et j’ai souvent constaté que c’était une activité qui me faisait vraiment du bien. Pourtant cette année j’ai été flemmarde au point d’avoir de moins en moins d’énergie, de me sentir de plus en plus mollassonne. Il y a quelque temps je me suis offert un podomètre. Je me suis vite rendu compte qu’un jour ordinaire je n’avais aucune difficulté à faire au moins 5 000 pas, pour peu que je fasse à pied les petits déplacements correspondant à un ou deux arrêts de bus/tram/métro. J’ai donc décidé que mon objectif pour bouger davantage serait d’en faire 10 000 en semaine et plus encore le week-end, mais je ne m’y suis pas tenue. Pire, il m’est arrivé de tomber à zéro certains dimanches où je restais cocooner. En 2017, il va donc falloir que cela change et que je retrouve la pêche. L’objectif est le suivant : ne jamais tomber en dessous de 5 000 pas par jour. Passer le plus souvent possible la barre des 10 000. Et peut-être exploser les compteurs au point de devoir me redonner des objectifs plus ambitieux en cours d’année ? Je rêve un peu…

2. Être plus soigneuse avec les livres : Je suis en effet très maladroite et mes livres en font souvent les frais. J’ai d’ailleurs un conseil à vous donner : ne me prêtez jamais de livre ! Sinon il est probable qu’une tasse de café se renverse entre ses pages, qu’un élément quelconque de mon sac déteigne dessus un jour de pluie, ou encore que mon chat arrache un bout de sa couverture avec ses dents. Souvent au lieu de rendre le livre qu’on m’avait prêté, j’ai rendu le même en neuf, espérant que ça ne se verrait pas. Mais quand le livre prêté était annoté ou étiqueté, c’est morte de honte que j’ai dû rendre le livre d’origine accompagné de son remplaçant. Depuis je ne veux plus que l’on m’en prête. Malgré tout, il arrive que des gens insistent. Dans ce cas, je mets le livre prêté sous clefs et j’achète ou emprunte le même à la bibliothèque pour minimiser les risques lors de la lecture. Cela dit mes propres livres subissent aussi les pires outrages. Dernière bêtise en date pas plus tard qu’hier : j’ai laissé un livre posé sur mon bureau à côté d’un feutre noir auquel je n’avais pas remis son bouchon et j’ai retrouvé le livre avec un grand trait noir sur la tranche, comme si le feutre s’était attaqué tout seul au livre pendant que j’avais le dos tourné. J’ai essayé de gommer, mais non, c’était bien du feutre. Alors j’ai entrepris de recouvrir le trait noir d’un trait de blanco. Je vous laisse imaginer le résultat désastreux. Avez-vous vu Mister Bean à la bibliothèque ? Je suis Mister Bean.

3. Me remettre à l’allemand : Je n’ai pas fait d’allemand depuis le lycée et cela ne me manquait pas. Mais tout à coup, tout récemment, j’ai eu envie de m’y remettre. Ne me demandez pas pourquoi, car je n’en sais rien. Peut-être que ce sont les cours d’anglais que je suis obligée de suivre dans ma formation actuelle qui m’ont donné envie de renouer avec une langue pour laquelle j’avais beaucoup plus de facilités. Peut-être que c’est juste le besoin d’apprendre quelque chose, pour avoir le sentiment d’avancer au lieu de stagner lamentablement. Mais dans ce cas, j’aurais tout aussi bien pu choisir une langue nouvelle pour moi (ce que j’ai aussi envisagé). Et peut-être que c’est juste une lubie qui va me passer aussi vite qu’elle est venue. Quoi qu’il en soit, je viens de passer plusieurs jours à me renseigner sur les méthodes d’allemand, les livres d’allemand, la littérature allemande. En 2017 il va donc falloir que je concrétise tout ça en repartant de zéro. Je viens déjà de m’inscrire au Challenge Voisins voisines chez Aproposdelivres pour lire un peu de littérature européenne, dont de la littérature de langue allemande. Mais si vous avec des pistes à me donner pour apprendre l’allemand ou des auteurs contemporains de langue allemande à me recommander (que je pourrais lire en traduction histoire de baigner dans la culture allemande avant de baigner dans sa langue), je suis preneuse.

4.Trouver davantage de temps pour lire et pour bloguer. Mais celle-ci ne compte pas, car cela ne pourra pas être pire qu’en 2016. Pour m’aider tout de même à tenir cette bonne résolution qui n’en est pas une, je me suis inscrite au challenge de Philippe Lire sous la contrainte.

Savez-vous qu’on fait toute l’année ce qu’on fait le 1er janvier ? Je vais donc publier un billet de lecture sur ce blog dès le matin (euh… je m’avance une peu car il n’est toujours pas écrit), aller marcher tout l’après-midi et faire ma 1ère leçon d’allemand pendant la soirée, en essayant de ne maltraiter aucun livre.

J’espère que vous serez plus forts que je ne le suis généralement et que vous tiendrez toutes vos bonnes résolutions, si vous en prenez. Je vous souhaite en tous cas que tous vos vœux se réalisent.

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Remèdes à la mélancolie – Eva Bester

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remedes_a_la_melancolieDe même que je ne manque jamais Le Masque et la Plume (chaque dimanche à 20h sur France inter), il me faut ma dose hebdomadaire de Remède à la mélancolie, l’émission d’Eva Bester (chaque dimanche à 10h sur France inter). J’écoute souvent la première en direct avant d’enchaîner avec le podcast de la seconde. Ce sont mes deux remèdes au blues du dimanche soir. Car le lendemain il va falloir Y retourner. Au travail, à l’école ou à la fac, peu importe où. Il va falloir se faire violence pour affronter le quotidien, les horaires, les contraintes… les autres. Alors le dimanche soir il est bon de remplir la pharmacie de tous ces remèdes : « films, chansons, livres… », car comme l’indique le sous-titre du livre d’Eva Bester, il s’agit de « la consolation par les arts ».

« L’une des premières questions que je pose à mes invités dans l’émission est la suivante : « Quel rapport entretenez-vous avec la mélancolie ? » Je vais tâcher d’y répondre à mon tour avec sincérité.
J’entretiens avec la mélancolie des rapports quotidiens et profonds. Nous sommes de vieux amants qui, malgré la lassitude, m’arrivent pas à se séparer. J’ai tenté de la fuir, parfois de me vautrer dedans : il m’est arrivé de m’y complaire.
Le mal se manifeste chez moi par une hypersensibilité et une angoisse presque constantes, un pessimisme dodu, des rêveries horrifiques et un bon paquet de névroses divertissantes. Bref, j’ai pris toutes les options. » (p. 12)

La vraie bonne surprise est que le livre n’est pas qu’une compilation des meilleurs passages de l’émission. Il en est le prolongement. Eva Bester, d’habitude à l’abri dans son rôle d’intervieweuse, s’y implique davantage. Après une première partie sur la mélancolie, son histoire et les relations qu’Eva Bester et différents invités de l’émission entretiennent avec elle, les chapitres suivants proposent des remèdes littéraires, musicaux, filmiques, alimentaires ou encore des activités recommandables, ainsi que quelques « choses à éviter (à moins de se noyer délibérément dans la mélancolie) ». Mais j’en arrête là avec le compte rendu objectif du livre. Passons plutôt à ce qui m’a parlé, ce que j’ai aimé.

J’ai aimé la manière dont Cécile Sciamma définit la mélancolie comme « l’ADN de notre tristesse » (en ce que cette tristesse profonde révèle de nous) et comme « une espèce d’onanisme de la tristesse » (parce que non partageable).

J’ai aimé que Geneviève Brisac se compare à « un ciel breton », « triste et contente cinquante fois par jour ».

J’ai aimé que Tania de Montaigne partage mon affection pour Clara et les chics types. Mais nous n’avons pas la même réplique culte. Pour moi c’est une phrase de Balasko qui (je cite de mémoire), au petit matin, invite sa bande à prendre le café chez ses parents. L’un d’eux lui dit : « On ne va pas réveiller tes parents ? ». Et elle répond : « Non, c’est du café moulu ». Évidemment comme plus personne n’a de moulin à café c’est un humour un peu daté, mais c’est aussi ce qui fait son charme.

J’ai aimé qu’Eva Bester pousse l’investigation sur Un jour sans fin jusqu’à nous apprendre que Bill Murray avait été mordu deux fois par une marmotte pendant le tournage.

J’ai aimé qu’Agnès Desarthe nous invite à « continuer d’apprendre », même « des choses qu’on est censé ne pas pouvoir apprendre », comme apprendre une langue à 53 ans ou apprendre à danser à 60. J’ai aimé que Geneviève Brisac nous invite à « penser, étudier, travailler. Au pire, recopier… » avant de définir avec Eva Bester le recopiage comme « les travaux manuels du cerveau ».

J’ai aimé que tant et tant d’invités nous recommandent la marche, car c’est vrai, la marche, ça marche. Il y a dans le livre quelques marcheurs dans la nature, mais je me retrouve bien davantage dans les marcheurs des villes, comme Denis Lavant ou Eric Naulleau. J’aime m’y perdre comme Denis Lavant ou me dissoudre dans la vastitude comme Eric Naulleau.

Je n’ai pas aimé… Non, rien. C’était juste pour faire coucou à Perec.

Sinon j’ai compris qu’il était grave de n’avoir encore lu ni John Fante ni Vialatte et qu’il serait dommage de ne pas voir The Party de Blake Edwards ou The Big Lebowski des frères Coen. Mais je ne doute pas un instant d’avoir encore des accès de mélancolie à consoler, alors je ne suis pas mécontente d’avoir de nouveaux remèdes en stock.

Ah j’oubliais, parmi les choses à éviter pour ne pas sombrer, il y a Noël et les fêtes en général. Bon courage à tous !

bienRemèdes à la mélancolie : films, chansons, livres… la consolation par les arts / Eva Bester, Autrement, 2016, 281 p.

Une vie – Maupassant

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« C’était vers la fin de septembre, un ciel bas et gris semblait peser sur le monde ; les flots tristes et jaunâtres s’étendaient à perte de vue. Elle resta longtemps debout sur la falaise, roulant en sa tête des pensées torturantes. Puis, comme la nuit tombait, elle rentra, ayant souffert en ce jour autant qu’en ses plus grands chagrins » (p. 279)

une-vieEt si je lisais enfin Une vie de Maupassant, avant de voir le film ? C’est à peu près ce que j’ai pensé en passant devant une affiche qui annonçait la sortie prochaine du film de Stéphane Brizé.

Une vie raconte l’histoire des désillusions de Jeanne. Quand on fait sa connaissance, c’est une jeune fille de dix-sept ans qui sort du couvent et rêve d’amour. Justement, un charmant jeune homme apparaît. Jeanne tombe amoureuse et se marie rapidement, mais bientôt son mari ne se montre plus aussi charmant qu’il en avait l’air. Julien en effet est avare, infidèle, et néglige sa femme. Jeanne reporte alors tout son amour sur leur fils Paul. Elle ne sait pas encore que lui aussi, plus tard, la décevra…

« On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que la mort. » (p. 197)

L’histoire d’Une vie est l’histoire de Jeanne et pourtant ce n’est pas elle le personnage fort du roman. On évoque souvent la bêtise d’Emma Bovary, ce qui ne m’a jamais totalement convaincue, mais Jeanne m’a paru beaucoup plus bête qu’Emma. Elles ont en tous cas beaucoup de points communs : la Normandie, le XIXe siècle et la condition féminine qui va avec, l’insatisfaction et les désillusions qui font suite au mariage. Mais Emma est beaucoup plus intrépide que Jeanne, qui restera toute sa vie assez godiche. Rien ne semble jamais lui servir de leçon. Alors malgré les désillusions, elle est à la fin aussi naïve qu’à sa sortie du couvent. Le personnage qui lui vole la vedette est celui de Rosalie, sa servante et soeur de lait (dont je me suis même demandée si elle n’était pas réellement sa demi-soeur et donc le fruit d’une infidélité de son père). Un autre personnage, pourtant très discret, reste également en mémoire une fois le roman terminé : Tante Lison. Elle est en quelque sorte ce qu’aurait pu devenir Jeanne si elle ne s’était pas mariée. Ce n’est qu’à elles deux qu’elles illustrent vraiment ce qu’était la condition féminine au XIXe siècle.

Mais je n’aurais pas correctement rendu compte de ce roman, si je ne vous disais pas qu’il y a pas mal de morts dans Une vie et même des meurtres. On accueille pourtant chacune de ces disparitions avec beaucoup d’indifférence, car aucun de ces personnages disparus n’était vraiment attachant. C’est finalement le meurtre d’une pauvre chienne qui m’aura le plus marquée (attention aux âmes sensibles, cette scène tirant le roman vers le gore est absolument insoutenable).

On sent bien que Maupassant règle ses comptes avec des choses qui ne nous concernent plus vraiment aujourd’hui : la noblesse de province et le pouvoir des prêtres. Mais il est bien plus convaincant quand il traite de la condition humaine. Son pessimisme est infini. Et la fin de vie telle que Maupassant l’écrit est d’une tristesse inouïe.

A votre avis,  que vais-je aller voir au cinéma ce week-end ?

bienUne vie / Guy de Maupassant, édition présentée par André Fermigier, Folio classique, 2016, 350 p. (1ère publication : 1883)


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(car Une vie est le premier roman de Maupassant, jusqu’alors auteur de contes et nouvelles)